bisutti[1]

Violence

 

Anges

vêtus de fil barbelé

 

Anges aux langues arrachées

anges privés de cri

               *

Faire gicler le sang.

 

               Il gicle sur le mur

               sur les habits des curieux

               sur la peau.

               *

Lécher ce goût sur les lèvres

ce goût douceâtre.

 

               Nous en avons tous soif.

               *

Même dans l’horreur,

La rose.

               La rose de sang.

               *

La haine : quel plaisir

charnel.

               Si je regarde mourir,

               c’est que je suis vivant

               *

Ce n’est pas toi que je tue :

je tue le monstre qui est en toi.

 

 

Ce n’est pas toi que je tue :

je tue le monstre qui est en moi.

 

Exécution.

Décider le moment précis de la mort,

l’heure, la minute.

Couper la tête du temps.

               *

La victime.

Elle meurt d’avoir perdu son sang

jusqu’à l’ultime goutte.

Elle est blanche comme l’aube.

Innocente comme le jour nouveau.

               *

Miracle.

Réussir à faire marcher le paralytique

à coups de bâton.

               *

Pieta.

La femme à l’enfant mort dans ses bras,

la femme sans voix, 

la femme sans larmes,

la femme devenue la parturiente

                               de la mort

 

la mort vive

               *

Nous tuons pour donner un corps aux ombres

 

Traduit de l’italien par Bernard Noël

In « Poésie en Bretagne, 1999 – 2000 », Les Tombées de la nuit, Rennes