jammes[1]

J’aime dans le temps

 

J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse, 

l’écolière des anciens pensionnats, 

qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls 

lire les magazines d’autrefois. 
  

Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur 

la lumière bleue de sa gorge blanche. 

Où est-elle ? Où était donc ce bonheur ? 

Dans sa chambre claire il entrait des branches. 
  

Elle n’est peut-être pas encore morte 

— ou peut-être que nous l’étions tous deux. 

La grande cour avait des feuilles mortes 

dans le vent froid des fins d’été très vieux. 
  

Te souviens-tu de ces plumes de paon, 

dans un grand vase, auprès de coquillages ?... 

on apprenait qu’on avait fait naufrage, 

on appelait Terre-Neuve : le Banc
  

Viens, viens, ma chère Clara d’Ellébeuse : 

aimons-nous encore si tu existes. 

Le vieux jardin a de vieilles tulipes. 

Viens toute nue, ô Clara d’Ellébeuse. 

 

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir,

Editions du Mercure de France,1898

 

Du même auteur :

« J’allais dans le verger… » (18/03/2016)

Quelle est cette lumière ? (18/03/2017)

 

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