voiture[1]

 

Je me meurs tous les jours en adorant Sylvie, 

Mais dans les maux dont je me sens périr, 

Je suis si content de mourir, 

Que ce plaisir me redonne la vie. 
  

 

Quand je songe aux beautés, par qui je suis la proie 

De tant d’ennuis qui me vont tourmentant, 

Ma tristesse me rend content 

Et fait en moi les effets de la joie. 
  

 

Les plus beaux yeux du monde ont jeté dans mon âme 

Le feu divin qui me rend bienheureux ; 

Que je vive ou meure pour eux, 

J’aime à brûler d’une si belle flamme. 
  

 

Que si dans cet état quelque doute m’agite, 

C’est de penser que dans tous mes tourments 

J’ai de si grands contentements 

Que cela seul m’en ôte le mérite. 
  

 

Ceux qui font en aimant des plaintes éternelles 

Ne doivent pas être bien amoureux, 

Amour rend tous les siens heureux, 
 

  Et dans les maux couronne ses fidèles. 
  

 

Tandis qu’un feu secret me brûle et me dévore,    

J’ai des plaisirs à qui rien n’est égal,          

Et je vois au fort de mon mal    

Les cieux ouverts dans les yeux que j’adore. 
  

 

Une divinité de mille attraits pourvue   

Depuis longtemps tient mon cœur en ses fers,        

  Mais tous les maux que j’ai souffert   

N’égalent point le bien de l’avoir vue. 

Stances

 

Du même auteur :

La belle matineuse» (03/08/2016)

« Il faut finir mes jours... » (02/10/2019)