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Le temps, un soir

 

C’est le temps qui n’existe plus que sur nos montres

La lumière est étrange, éclairant la pénombre

D’une autre obscurité

Vraiment le temps n’a plus l’apparence du temps

Et la nuit n’a plus l’air d’être vraiment la nuit

Peut-être que parfois le temps n’existe pas

En tout cas ce soir-là, on ne l’avait pas remarqué

Pas vu, pas pris

 

C’est une heure étrangère où l’on se tient absent

A soi-même et au monde, pas vraiment en dehors

Simplement autre part

On repère souvent le regard d’une absente

Mais comme elle est absente  et que l’on est absent

Souvent elle repart, et l’on repart aussi

On ne s’aperçoit pas que l’on était déjà parti

Dès le départ

 

In, Jean Orizet : « La poésie française contemporaine », Le Cherche-Midi éditeur, 2004