Dominique-Sampiero[1]

 

 

On ne peut pas s’empêcher de mourir

 

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   Là où plus rien ne bouge, j’attends qu’un fleuve se réveille et déborde à nouveau

comme parfois le visage des autres. Pourquoi les gens les plus humbles, les 

êtres les plus cloués à leur décor, s’absentent tout à coup au cœur d’un regard qui

les plonge dans le vide ?

 

 

  Pourquoi la patronne du Café du Commerce a-t-elle hier laissé ses yeux virer au

noir, personne ne s’est aperçu de rien, elle s’est déchirée en silence, l’espace d’une

seconde, puis les eaux de son front se sont refermées, il ne s’est rien passé, mais

pour moi si, et le mystère de cette offrande est comme Dieu tirant les âmes à lui,

et sur ma chaise devant ma bière, je souris au néant.

 

 

  Si vous affirmez qu’il y a un puits sous la maison tout le monde vous croit.

Si vous racontez, accoudé au bar et comme pour faire une confidence, qu’un

peu d’éternité a débordé des yeux de Solange, je n’ose imaginer ce qui

va se passer. On vous insulte, on vous méprise, on vous foudroie d’un rire.

Mais après tout, la foudre…

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In, Jean Orizet « La poésie française contemporaine », 

 

Le Cherche – Midi éditeur, 2004

 

Du même auteur :

« La main en écrivant… » (12/10/2016)

« Tu dis « je vais à ta rencontre » …  (10/12/2017)

« Je range tes lettres... » (12/10/2018