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Requiescat in pace

 

Amis

si je n’ai pas la chance de tomber contre un mur

ou assis au soleil en regardant la mer

si je meurs d’un meurtre

ou d’un éblouissement

si ma corde du cœur tarde un peu à casser

et s’il faut me conduire dans un mouroir public

retenez simplement ces derniers mots d’amour :

 

quand je commencerai à n’être plus qu’un corps

ne vous inquiétez pas et laissez - moi partir

j’ai depuis très longtemps tout ce qu’il faut sur moi

ou quelqu’un m’aimera assez pour me finir

mais qu’on attende un peu avant de m’enterrer

je demande seulement qu’on me veille trois jours

si possible couché dans le fond d’une barque

ou sur la pierre blanche d’une jeune montagne

 

à ceux qui m’ont aimé

je demande seulement

de se tenir

autour de moi

les mains…

qu’on glisse entre mes doigts

une immortelle d’Aran

et des œillets de mer

je demande pour finir qu’on allume des lampes

comme celles qui se balancent sur les vagues

et qu’on ne les éteigne qu’au soir du troisième jour

le temps que mes yeux neufs

s’habituent à la nuit

le temps

que doucement j’arrive

à mon premier séjour…

 

La Messe en mort, Le Cherche – Midi éditeur, 1999 

 

Du même auteur : « Quand je serai parti… »  (13/12/2015)