arton12[1]

 

je me rattrape

par les yeux

à tous les corps

car chacun

est un soleil

je le sais 

puisque je vais

de lumière

en lumière à

chaque rencontre

et je me fais

ainsi de

jour en jour

mon propre

système solaire

*

et je m’écoute

mot par mot

de plus en plus bas pour aller

de plus en plus loin silence

en mettant de plus en plus

de silence mot après mot

parce que plus il y a de

silence dans un mot plus il

va loin sous le bruit des langues

ces mots-là on les retrouve

des années silence

après

tant qu’on ne sait plus même d’où

ils viennent

qui

ils nous apportent

pourtant c’est là que nos mains

retrouvent

le temps en nous

*

images nuages

tête pluie

le paysage est dedans

j’ai des collines dans les bras

la rivière

dort dans mes yeux

quand je me réveille j’ai

des oiseaux dans les cheveux

*

c’est ton visage

que j’écris

depuis tant et tant de mondes

j’hésite la vie

la lèvre

retient de dire

mais je sais

j’entends

c’est du loin de loin

ton nom nos noms qui sont toutes 

les formes de toutes les vies

 

 

in, Jean Orizet « La poésie française contemporaine »,

Le Cherche-Midi éditeur, 2004