Maria_luisa[1]

Temps de l’arbre

 

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la brise, oui, et l’oiseau

et la prière de l’oiseau;

et la doctrine du fruit,

le rituel des papillons

jaunes.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le campanile, oui, des corolles

et la terre pour la descente des fleurs

et la racine des pluies

et la broderie des ombres

et le  bras vert dans la bruine.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le nuage, oui, et le vent

et la voix, le corps et l’âme du vent

et les membres pour la soif de l’eau

et les entrailles pour le désir de soleil

et le chemin aux ailes transparentes.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la lune, oui, et les arêtes

multiformes de sa lumière métallique

et la vie dans le pulpe du fruit

et l’instant des mains

et l’apaisement de certaine nostalgie.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la tempête, oui, et le temps

et l’aube et le crépuscule

et le créateur du paysage

et le visible des choses terrestres

qui furent avant afin qu’il soit lui.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais l’exaltation , oui, de ce qui est petit

et le prodige de l’herbe à ses pieds

et les portes de l’aurore damassée

et la fin de l’obscurité ;

et peut-être l’intimité de l’étoile rose.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le fait, oui, entre tant de faits

et l’attirance des souvenirs

et l’automne, l’hiver, l’été,

le calice de la sérénité

et les interstices inquiets du ciel.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la légende, oui, faite pour évoquer

la mémoire d’autres arbres

et de ce qui n’est pas en eux

pas en nous non plus

et doit remonter dans un temps immémorial.

 

La légende de l’arbre.

Ce n’est pas l’arbre.

Voilà tout.

C’est le temps immémorial.

 

Traduit de l’espagnol par Françoise Campo – Timal,

in Rubén Bareiro Saguier  et Carlos Villagra Marsal « Poésie paraguayenne du XXe siècle »,

édition bilingue, Editions Patino, 1990

 

Tiempo del árbol

 

No era el árbol.

Pero la brisa, sí, y el ave

y la plegaria del ave;

y la doctrina del fruto

y el ritual de las mariposas

amarillas.

No era el árbol.

Pero el campanario, sí, de las corolas

y la tierra para el descenso de las flores

y la raíz de las lluvias

y el motivo de las sombras

y el brazo verde en la llovizna.

No era el árbol.

Pero la nube, sí, y el viento

y la voz, el cuerpo y el alma del viento

y los miembros para el ansia del agua

y las entrañas para el deseo del sol

y el camino de alas transparentes.

No era el árbol.

Pero la luna, sí, y las aristas

multiformes de su luz metálica

y la vida en la carne de la fruta

y el instante de las manos

y el sosiego de alguna nostalgia.

No era el árbol.

Pero la tempestad, sí, y el tiempo

y el alba y el crepúsculo

y el hacedor del paisaje

y lo visible de las cosas terrestres

que antes fueron para ser él.

No era el árbol.

Pero la exaltación, sí, de lo pequeño

y el prodigio de la hierba a sus pies

y las puertas de la aurora adamascada

y el fin de la oscuridad;

y tal vez la intimidad de la estrella rosada.

No era el árbol.

Pero el hecho, sí, entre tantos hechos

y la atracción de los recuerdos

y el otoño, el invierno y el estío

y el cáliz de la serenidad

y los inquietos intersticios del cielo.

No era el árbol.

Pero la leyenda, sí, para evocar

la memoria de otros árboles

y de lo que no está en ellos

y tampoco en nosotros

y ha de caer en tiempo inmemorial.

 

La leyenda del árbol.

No es el árbol.

Nada más.

Es el tiempo inmemorial.

 

El canto a oscuras, 1986

Poème précédent en espagnol : 

Luis Mizón : Prisons / Prisiones (05/08/2014)

Poème suivant en espagnol :

Moncho Azuaga  : Ce chant / Este canto (26/10/2014)