AVT2_Pichette_9244[1]

Ode à la neige

 

la

légère

candide

capricieuse

tourbillonnante

ouatée

poudreuse

neige dont l’aime

la

lente lente

chute

*

par un jour de grisaille aux vapeurs violâtres

ou quelquefois même (j’ai vu)

par un ciel terre de Sienne

elle

papillonne blanc,

plus blanc que les piérides blanches

qui volettent en avril

comme fiévreusement,

à moins que ce ne soit frileusement

autour

de roses

couleur d’âtre

*

météore

qui touche ma manche

de ratine, y posant des cristaux à six branches

sous mes yeux d’étincelles

*

pluie

de

plumes

de

mouettes

muettes

*

recouvrant la plaine déshéritée

emmantelant la forêt squelettique

*

épaisse, assoupissante et ensevelissante

*

blanche telle

une belle absence de parole

*

blanche autant qu’absolue

dans un silence d’œil

qui rêve l’éternité blanche

*

neige neigée

tellement soleillée

que d’un blanc aveuglant

et brûlante !

*

moelle de diamant

*

neiges du Harfang aux iris jaunes d’or

et ventre blanc pur de la Panthère des neiges

*

de quel oiseau fléché fuyant à travers ciel

ce pointillé de sang sur la neige vierge ?

*

regardez, par delà

cette grille givrée

d’innocentes hermines

dorment  tout de leur long

sur les bras des croix

*

 alors qu’à l’intérieur l’enfant

le front appuyé à la vitre

pour jouer

fait de la buée,

 dehors chaque flocon

éclate une petite larme

qui roule

en bas

du carreau

où le mastic est vieux comme la maison

*

Et

tout là-bas

(à l’heure de mon cœur qui bat tout bas)

quelqu’un

contemple

la rencontre de la neige

floconneuse, innombrable

avec la mer

formidable, comme

de plomb,

glauque

*

1955

 

Odes à chacun, Editions Gallimard (Poésie), 1988

 

Du même auteur :

Le Duo d’Amour Fou (26/08/2015)

« Je fais corps… » (26/08/2016)

« Nous sommes à la perle… » (26/08/2017)

Apoème 3 (26/08/2018)