arton1171[1]

(…)

   Tant que tu peux revenir, tu n'as pas vraiment fait le voyage.

   

   Si tout est rêve, la mort l'est aussi. A moins qu'elle ne soit le réveil.

   

   On n'est peut-être pas plus réellement mort, dans la mort, qu'on n'est,

dans la vie, réellement vivant. 

 

   Il faut effacer la vie de temps en temps. C'est pour cela qu'il y a la nuit,

le sommeil.

 

   La vie passe lente, dans l'arbre d'automne. Vie heureuse, languide, apaisée.

Se préparant au long sommeil.

 

 

   La mort, quand elle oeuvre, est-elle dans l'être ou dans le néant ?

 

   Il faut que le corps se repose. Que l'esprit se repose. Et le coeur. Que l'amour

se repose.

   

   Mort : la dernière et suprême fatigue, insurmontable, insurmontée

   

   Quand viendra la mort, il n'y faudra plus y penser, pour qu'elle soit la mort.

   Il faudra ne plus penser

 

 

   Je vis encore... Tremblement heureux dans cet "encore". Mais je ne vis plus 

en effet qu'encore. Est-ce vivre encore? 

 

 

   Dans la mort je me reposerai en moi, ne reposerai qu'en moi. C'est pourquoi

il importe, dès que vivant, d'être à soi-même son repos.

 

 

   C'est la sortie du monde qui est arrachement, agonie. L'entrée dans le néant

ne peut qu'être inapparente et douce.

 

   

   Peut-être la mort est-elle incosolable d'être la mort?

 

   

   Nul ne pourra jamais dire si c'est la vie ou la mort qui a le dernier mot.

Peut-être qu'aucune des deux ne l'a?

 

   

   Au moment de la mort, la vie n'est plus que ce qu'elle est : de peu de poids.

 .....

 

Requiem, Editions Arfuyen,1989