AVT_Loys-Masson_550[1]

(…)

Je n'ai jamais connu dans sa vérité ce qui m'était cher;

je brûlais d'absolu je m'inventais nécessaire

à son devenir. C'était hier.

Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire

en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ;

je n'écoutais que la rumeur là-bas de l'embouchure

mariage en moi de l'onde et du divin de la mer.

Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l'eau

je possède le dur savoir ;

Le pain des joies ne se fait que du levain de l'aléatoire :

pour l'avoir ignoré je meurs de faim.

Temps enfui.

Chacun à l'heure d'aimer regarde le soleil en face tel l'aigle en sa légende

et puis ferme les yeux sur une étoile du tard, l'humble et l'habile

la tamisante qui fait durer l'espoir en son leurre, le tranquille.

J'ai regardé jusqu'au vertige.

Temps enfui, cristal rebondissant en son écho de cristal en cristal, aveugle désormais

     de ne mirer

que le convexe et l'oblique.

 

La Croix de la rose rouge,

Pierre Morel éditeur,1969

Du même auteur :  

Symphonie 1959 de Paula (21/05/2017)

Poème à mon père (21/05/2018)