Tristan-Tzara-07[1]

Il fait soir

 

Les pêcheurs reviennent avec les étoiles des eaux

ils partagent du pain aux pauvres

enfilent des colliers aux aveugles

les empereurs sortent dans les parcs à cette heure

                        qui ressemble à l’amertume des gravures

 

les domestiques baignent les chiens de chasse

la lumière met des gants

ferme-toi fenêtre par conséquant

sors lumière de la chambre comme le noyau de l’abricot

                                                  comme le prêtre de l’église

 

bon dieu : fais la laine tendre aux amoureux dolents

peins les petits oiseaux à l’encre et renouvelle l’mage sur la lune

 

- allons attraper des scarabées

pour les enfermer dans la boîte

- allons au ruisseau

faire des cruches en terre cuite

- allons nous embrasser

à la fontaine

allons au parc communal

jusqu’à ce que le coq chantera

et la ville se scandalisera

 

ou au grenier

le foin picote on entend les vaches mugir

puis elles se souviennent des petits

allons Mamie partir partir

 

Traduit du roumain par l’auteur, 1913

In « Cabaret Voltaire », recueil littéraire et artistique, 

édité par Hugo Ball, Zurich, 1916

 

Du même auteur :

"dimanche lourd couvercle..." (17/06/2014)

Sur le chemin des étoiles de mer (22/01/2016)

« il y a un bien beau pays dans sa tête… » (22/01/2017)

Terre invisible (22/02/2018)

« la tête rampe... » (22/02/2019)