dupin[1]

 

J’ai cru rejoindre par instants une réalité plus profonde comme un fleuve la mer,

occuper un lieu, du moins y accéder de manière furtive, y laisser une empreinte,

y voler un tison, un lieu où l’opacité du monde semblait s’ouvrir au ruissellement

confondu de la parole, de la lumière et du sang. J’ai cru traverser vivant, les yeux

ouverts, le noeud dont je naissais. Une souffrance morne et tolérable, un confort

étouffant se trouvaient d’un coup abolis, et justifiés, par l’illumination fixe de

quelques mots inespérément accordés. Nous coïncidions hors du temps mais le

temps pliait les genoux et si je ne le maîtrisais pas dans sa course, du moins

commandais-je alors à ses fulgurantes éclipses… Je l’ai cru. Le battement de

l’abîme scandait abusivement l’offrande de rosée au soleil, dehors, sur chaque

ronce.

L' Embrasure, Editions Gallimard, 1969

Du même auteur :

Grand vent (27/06/2015)

« Expérience sans mesure… » (28/06/2016)

Le règne minéral (28/06/2017)

Chapurlat (28/07/2018)