arton671-dc333[1]

 

Le roi des aulnes

 

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?

C'est le père avec son enfant.

Il serre le jeune garçon dans ses bras,

Il le tient au chaud, il le protège.

 

 

« — Mon fils, pourquoi  caches-tu peureusement ton visage  ?

— Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,

Le roi des Aulnes, avec sa couronne et sa traine ?

— Mon fils, c'est une trainée de brume.

 

 

— Cher enfant, viens, partons ensemble !

Ie jouerai tant de  jolis jeux avec toi!

Tant de fleurs  émaillent  le rivage!

Ma mère a de beaux vêtements d'or.

 

 

— Mon père, mon père, mais n'entends-tu  pas

Ce que le roi des Aulnes  me promet tout bas?

— Du calme, rassure-toi, mon enfant :

C'est le bruit du vent dans les feuilles sèches.

 

 

— Veux,fin jeune garçon,-tu venir avec moi?

Mes filles s'occuperont de toi gentiment.

Ce sont elles qui  mènent la ronde nocturne.

Elles te berceront par leurs danses et  leurs chants.

 

 

— Mon père, mon père, t ne vois-tu pas là-bas

Danser dans l'ombre les filles du roi des aulnes  ?

— Mon fils, mon fils, je le vois bien en effet,

Ces ombres grises ce sont les vieux saules.

 

 

— Je t'aime, ton beau corps me tente,

Si tu n'est pas consentant, je te fais violence.

—Père, Père, voilà qu'il me prend !

Le Roi des Aulnes m'a fait mal ! »

 

 

Le père frissonne, il presse son cheval,

Il serre sur sa poitrine l'enfant qui gémit.

A grand-peine, il arrive à la ferme

Dans ses bras l'enfant  était mort.

 

1782

 

Traduit de l'allemand par Michel Tournier

Du même auteur : 

Bienvenue et adieu / Willkommen und Abschied (23/06/2015)

La chanson de Mignon / Mignons lied (22/06/2016)

Chant de tempête du voyageur / Wanderers Sturmlied (22/06/2017)

Un autre pareil / Ein Gleiches (23/06/2018)

 Présence de l'Aimé / Nähe des Geliebten (23/06/2019)

 

Erlkönig

 

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind? 

Es ist der Vater mit seinem Kind; 

er hat den Knaben wohl in dem Arm, 

er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

 

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? - 

Siehst Vater, du den Erlkönig nicht? 

Den Erlkönig mit Kron' und Schweif? - 

Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

 

"Du liebes Kind, komm, geh mit mir! 

Gar schöne Spiele spiel' ich mit dir; 

manch bunte Blumen sind an dem Strand, 

meine Mutter hat manch gülden Gewand."

 

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht, 

was Erlenkönig mir leise verspricht? - 

Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind: 

In dürren Blättern säuselt der Wind.

 

"Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn? 

Meine Töchter sollen dich warten schön; 

meine Töchter führen den nächtlichen Reihn, 

und wiegen und tanzen und singen dich ein."

 

Mein Vater, mein Vater und siehst du nicht dort 

Erlkönigs Töchter am düstern Ort? - 

Mein Sohn, mein Sohn, ich seh' es genau: 

Es scheinen die alten Weiden so grau.

 

 

"Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt; 

und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt." 

Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an! 

Erlkönig hat mir ein Leids getan! -

 

Dem Vater grauset's, er reitet geschwind, 

er hält in den Armen das ächzende Kind, 

erreicht den Hof mit Mühe und Not; 

in seinen Armen das Kind war tot.

 

1782

Poème précédent en allemand : 

Peter Huchel : Exil (16/04/2015)  

Poème suivant en allemand :

Rainer – Maria Rilke  : Naissance de Vénus / Geburt der Venus (23/11/2014)