aperrier[1]

Lorsque la mort viendra

Je voudrais que ce soit comme aujourd'hui

Un grand soir droit laiteux et immobile

Et surtout je voudrais

Que tout se tienne bien tranquille

Pour que j'entende

Une dernière fois respirer cette terre

Pendant que doucement s'écarteront de moi

Les mains aimées

Qui m'attachent au monde

                    *

Et la vie c'est cela

Une ombre qui s'allonge sur le seuil

Une cour abritée de hauts tilleuils

Le miel en fleur et les abeilles mortes

Une main qui frappe à la porte

Et les visages changent de couleurs

Rien n'a bougé que le ciel sans racines

Et la saison penchée au bord de la ravine

Les regards sont plus fixes et les gestes raidis

Est-ce l'aube ou midi L'attente est si pareille

A l'attente et tout ce qu'on connaît

Tout ce qu'on tient n'est que le rêve tourmentant

D' une réalité profonde et dérobée

                    *

Toutes les choses de la terre

Il faudrait les aimer passagères

Et les porter au bout des doigts

Et les chanter à basse voix

Les garder les offrir

Tour à tour n'y tenir

Davantage qu'un jour les prendre

Tout à l'heure les rendre

Comme son billet de voyage

Et consentir à perdre leur visage

 

1955

 

 

Œuvre poétique 1952 - 1994,

Editions L’Escampette, 86300 Chauvigny,1996

 

Du même auteur : 

« Prière… » (26/07/2015)7

« Ce n’est pas assez… » (10/12/2016)

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