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La Fileuse

Assise, la fileuse au bleu de la croisée 

Où le jardin mélodieux se dodeline ; 

Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

 

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline 

Chevelure, à ses doigts si faibles évasive, 

Elle songe, et sa tête petite s'incline.

 

Un arbuste et l'air pur font une source vive 

Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose 

De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.

 

Une tige, où le vent vagabond se repose, 

Courbe le salut vain de sa grâce étoilée, 

Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

 

Mais la dormeuse file une laine isolée ; 

Mystérieusement l'ombre frêle se tresse 

Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

 

Le songe se dévide avec une paresse 

Angélique, et sans cesse, aux doux fuseaux crédule, 

La chevelure ondule au gré de la caresse...

 

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule, 

Fileuse de feuillage et de lumière ceinte : 

Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

 

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte, 

Parfume ton front vague au vent de son haleine 

Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

 

Au bleu de la croisée où tu filais la laine. 

Eté 1891

 

 

Album de vers anciens : 1890-1900, 

 

A. Monnier et Cie, 1920

 

 

Du même auteur :

Le cimetère marin (27/05/2015)

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