frederiq[1]

 

Honneurs

     Comme il venait d'être élu pape, une grande fierté l'envahit. Il oublia ses amis du

petit café : les joueurs de manille, les joueurs de boule, les garçons et même la fille

à l'ombrelle.

     Parfois sollicitant une audience un des vieux arrivait, après avoir traversé

d'immenses salles vides dont le parquet reflétait son corps, jusqu'à son trône doré, 

cachant dans sa poche un vieux jeu de cartes qu'il sortait humblement pour lui rappeler

le passé. Mais lui, sonnait ses hallebardiers qui jetaient dehors l'importun.

     Contre les grilles, lorsqu'en brocart d'or et d'argent il descendait dans son parc porté ,

sur sa chaise pour méditer pieusement, la fille à l'ombrelle venait s'écraser levisage

pour le voir passer au loin, parmi l'encens, le bruit des orgues au-dessous d'un ciel

toujours pur, et de là, agitait son mouchoir comme au départ d'un petit bateau. Bien loin,

bien loin.

 

Ana. Editions Le Terrain vague, 1944

 

Du même auteur :

Exercices de logique (26/05/15) 

« Il y a de la profondeur cachée… » (28/015/2016)

 

Choses défendues (28/05/2017)