francois_cheng[1]

 

Un jour, les pierres

 

Un jour

Nous nous retrouverons

Sur notre chemin

 

Pierres

 

Ignorées

Piétinées

Détentrices pourtant

De la source

De la flamme

Du souffle de l’initiale

 

Promesse

 

Vous retrouvant

Nous nous retrouverons

 

 

 

 

Du pied à la pierre

          il n’y a qu’un pas

 

Mais que d’abîmes à franchir

 

Nous sommes soumis au temps

Elle, immobile

          au cœur du temps

Nous sommes astreints aux dits

Elle, immuable

          au cœur du dire

 

Elle, informe

          capable de toutes les formes

Impassible

          porteuse des douleurs du monde

 

Bruissante de mousses, de grillons

          de brumes transmuées en nuages

Elle est voie de transfiguration

 

               Du pied à la pierre

                         Il n’y a qu’un pas

 

               Vers la prescience

               Vers la présence

 

 

 

 

Tu es pagode qui élève

Et tu es pont qui relie

 

Tu es banc qui repose

Tu es butoir sur quoi

          nous butons

Et nous trébuchons

Et nous avançons

 

Sur nos routes

N’es-tu, justement

La borne

Nous indiquant sans fin

Toujours d’ici

          toujours plus loin

 

L’horizon ?

 

 

 

 

Crêtes, arêtes

Stries et strates

 

Echardes dans la main signant de sang

          la prime triade

 

Strates striées

Arêtes des crêtes

 

Remous du cœur pétrissant de feu

         le suprême faîte

 

States et stries

Arêtes, crêtes

 

 

 

 

Et nous n’échangerons pas

Le quartz d’ici

Contre les diamants du ciel

 

Ici la vie vécue

Ici le rêve perdu

Ici le chant enfoui

Ici le rythme rompu

Que nous avions jetés au vent

- à quel âge ingrat ?

 

Que les cristaux de roche

Ont conservés intacts

 

A notre insu

 

 

 

 

Et toi le remous originel

Tout le charnel du créé

Rocher d’un jour

Ou de toujours

 

Tout le tourment en tes plis

Toute la joie en tes plis

Lorsque tu te déploieras

Lave et phénix ne feront qu’un

 

 

 

 

Frayeur bue

Douleur tue

 

Se livrer à la foudre

Est-ce déjà trahir

 

Toute fêlure semence

Toute fracture naissance

 

Frayeur bue

Douleur tue

 

Eternel premier cri

 

 

 

 

Nous ne faisons que passer

Tu nous apprends la patience

 

D’être le lieu et le temps

Toujours pour la prime fois

 

Toujours du Souffle l’élan même

Qui du non-être tend vers l’être

 

Toujours présence renouvelante

Entre laves et rosées

 

Privé de fleurs, de feuillages

De consolables oublis

 

Tu tiens le nœud des racines

Au passage de l’ouragan

 

 

 

 

L’aigle invisible est en vous

Rochers surgis de nos rêves

 

En vous la flamme

En vous le vol

En vous la nuit fulgurante

 

Que nous ignorions

 

Rochers surgis de nos rêves

L’invisible aigle est en vous

 

Embrassant Yin

Endossant Yang

Frayant en nous la voie sûre

 

Que nous ignorions

 

Sol craquelé

Ciel constellé

En nous votre élan charnel

 

A l’aube sur toutes routes

Vous dressez vos corps ailés

 

Parfois sous nos mains calleuses

Brisant les frimas figés

Un ange renaît sourire

 

 

 

 

Le rocher parle :

Tu cherches le feu     le voici

 

Brusque éclat au cri de phénix

Erre plus vaste que miroir brisé

Douces alors cendres sans regret

Et transparente soif sans mesure

 

Tu cherches la source     la voici

 

Senteur de brume ou de tonnerre

Fouillant le corps jusqu’au vertige

Torrent de lait rompu d’extase

Jailli du fond vers nul ailleurs

 

Tu cherches le lieu     le voici

 

Entre l’or de l’argile et l’ombre

Du feuillage, la lumière jouant

De l’éternel repos-envol

Fixe la sûre demeure de l’instant

 

 

 

 

Bloc intransigeant

Même réduit en miettes

Nous sommes la vie entière

 

Sous l’ignoble marteau

Chaque bris rejoint tous les cris

Chaque éclat

 

Clame l’innocence nue

.............................

 

Double chant,

Editions Encre Marine,2000

 

Du même auteur : 

« L'infini n'est autre… » (15/05/2015)

Un jour, les pierres (II) (15/05/2016)

 « Demeure ici… » (15/05/2017)

Un jour, les pierres (III) (05/05/2018)

L’arbre en nous a parlé (I) (05/05/2019)

L’arbre en nous a parlé (II) (05/05/2020)