Guillaume_Apollinaire_1914[1]

Les colchiques


Le pré est vénéneux mais joli en automne

Les vaches y paissant

Lentement s'empoisonnent

Le colchique couleur de cerne et de lilas

Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la

Violatres comme leur cerne et comme cet automne

Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas

Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica

Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères

Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement

Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent

Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

Alcools,

Editions du Mercure de France,1913

 

 

Du même auteur :

Le pont Mirabeau (14/05/2015)

A la Santé (14/05/2016)

Si je mourais là-bas (14/05/2017)

Vitam impendere amori (01/05/2018)

Départ (01/05/2019)