Rimbaud[1]

 

Aube

    
    J'ai embrassé l'aube d'été.

     Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps

d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines

vives et tièdes, etles pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.


     La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes

éclats, une fleur qui me dit son nom.


     Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins: à la cime

argentée, je reconnus la déesse.

    

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine,

où je l'ai dénoncée au coq. À la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les

dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.


     En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles

amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent

au bas du bois.

 

Au réveil il était midi.

 

Illuminations, 1872 - 1875

 

Du même auteur : 

Alchimie du verbe (03/05/2015)

Sensation (03/05/2016)

Ma bohème (03/05/2017)

Après le déluge (03/05/2018)

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