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et maintenant que faire avec le rien où respirent les mots 

tandis que les choses multiplient leurs formes dans l’espace 

et que la vie remue ses rides ou les replie au fond du cœur 

une illusion plane partout que l’on voudrait changer en certitude 

buée de buée nous a-t-on prévenus mais qui croire dans la fumée 

on essaie tout à tour la langue le rêve la plume et le couteau 

puis la tête s’en va plonger parmi les salaisons de la littérature 

parfois quelques petites ombres donnent en passant un peu de goût à l’air 

un péril mystérieux parfume leur trace une amertume un manque 

puis la bouche blêmit pour avoir accueilli ces épaves de sensations 

au lieu d’en faire des images ou bien ce frêle bruissement sur les lèvres 

cependant un souffle sur la tempe suscite le désir de croire encore un peu 

de croire que maintenant fera surgir de maintenant le Tu 

et sa réserve de visages assez pour égarer le temps 

mais à quoi bon l’interminable si la vie n’est pas rejouée 

quand l’herbe aura poussé sur la langue on trouvera peut-être 

l’articulation du mystère parmi les restes d’une phrase.  
 

Le Jardin d’encre,

L’oreille du Loup, 2008 

 

Du même auteur :  

A vif enfin la nuit (26/01/2015)

« un jour / la bouche est devenue obscure… » (27/01/2016)

« assiégé de quel rire… » (27/01/2017)

Fable (27/01/2018)

 

Lettre verticale / Bram (27/01/2019)